Alors que les événements extrêmes se multiplient et que les alertes des scientifiques ne cessent de croître, ce sont nos modes de consommation et de production qui sont désormais décriés. Responsable de l’accélération des changements climatiques, notamment par une élévation des taux d’émissions de gaz à effet de serre, le monde de la mode, son industrie mais également ses défilés et ses shows n’est pas écarté. Aujourd’hui, les premières mesures sont prises pour analyser l’impact environnemental des grands événements et signer ainsi l’ouverture de nouveaux engagements.

L’impact carbone : l’ensemble des filières concernées

Pour rappel, l’impact carbone ou empreinte carbone, est la place des activités humaines dans la génération de gaz à effet de serre. En effet, il s’agit de la quantité de carbone émise par une activité, une personne ou encore une organisation du fait de sa consommation d’énergie ou d’utilisation de matières premières. D’ailleurs, le dictionnaire de l'environnement définit l'empreinte carbone comme la mesure du volume de dioxyde de carbone (CO2) émis par combustion d’énergies fossiles, par les entreprises ou les êtres vivants.

Depuis le protocole de Kyoto de 1995, les pays mesurent leurs émissions de gaz à effet de serre, afin de calculer leur empreinte carbone et de prendre des mesures pour diminuer leurs émissions. Mais les changements ne sauraient être pris uniquement à l’échelle étatique, et se sont aujourd’hui les individus, les entreprises et les différentes entités qui doivent désormais s’engager, dont notamment l’industrie du textile & de la mode.

Défilés et Fashion Week : des données chiffrées

Désormais, l’heure est à l’écologique afin de limiter les impacts des semaines de la mode sur le climat. Si cette belle promesse doit se caractériser par la prise d’actions, elle doit avant tout inclure des évaluations et des analyses du bilan carbone actuel ainsi que des outils de mesure des performances environnementales. En effet, comme le rappelle à juste titre la marque Gabriela Hearst, calculer l’empreinte carbone est le premier pas nécessaire. La connaissance des données chiffrées est une étape fondamentale pour leurs réductions.

Alors que depuis le champ de production, le coton a déjà parcouru 65.000 kilomètres pour arriver à son utilisateur, un sac présenté en défilé est reconfectionné une dizaine de fois. Soulevons toutefois que, comme le montre Emily Farra, journaliste spécialiste de la durabilité, personne ne connait réellement le bilan écologique d’un défilé. Mais la simple idée d’y penser laisse percevoir des chiffres vertigineux : plastiques, production, déplacements des stars, décors, vêtements, sans oublier l’électricité ! Si les grandes maisons organisent des show toujours plus impressionnants, l’heure est désormais également à la prise de nouveaux engagements. 

L’engagement marqué des grandes maisons

Si Gucci vient d’annoncer un futur défilé neutre en carbone, la mise en place de cette promesse passe par les réductions des émissions en C02 et l’investissement dans des projets responsables. Par principe, les réductions en émissions carbone se font de deux façons : la limitation et la compensation (Carbon Offset). La compensation réalisée par le groupe tournera autour du financement de projets respectueux de l’environnement. Du point de vue des diminutions, c’est l’ensemble de la chaine de production et d’organisation qui est concerné : transports, logistiques, mais également bureaux ou encore invitations et décors ; rien n’est écarté. Si les décors et les invitations sont désormais fabriqués en matériaux recyclés et recyclables, et l’économie circulaire se démocratise, les transports des matières, des collections ou encore des milliers d’invités devront surement encore être contrebalancés.

Tout récemment, c’est Burberry qui a montré ses engagements dans l’élaboration d’un événement responsable. Refusant le fret aérien, la marque a fait le choix d’un lieu certifié durable pour l’accueil de l’événement. Du point de vue compensation c’est un soutien aux producteurs de laine en Australie autour d’une agriculture régénératrice qui a été sélectionné.

De manière plus globale, la Fédération de la Haute Couture choisit de rendre les futurs rencontres de la mode aussi durables que responsables. Comme Gucci, les engagements portent sur la logistique et donc, la chaine de production mais également sur l’organisation et la chaine événementielle. Après avoir lancé le lexique « Mode et développement durable », la fédération prépare désormais un guide méthodologique de l’éco-conception pour la chaine de valeur. Parmi les futures mesures, on peut d’ores et déjà citer des partenariats pour des transports électriques, une réduction des papiers et plastiques et une limitation des déchets (par la mutualisation des équipements) et un meilleur engagement en recyclage (à l’image par exemple des planches de bois utilisées pour les gradins et recyclées).

Notons également que la Maison Dior a accueilli à l’hippodrome de Longchamps fin 2019 la présentation de son défilé 2020 en ayant recours à des groupes électrogènes fonctionnant au colza.

Rappelons toutefois que l’impact carbone des défilés ne reste pas le plus controversé. En effet, depuis quelques années c’est l’industrie de la mode dans son intégralité qui est pointée du doigt. Considérée comme l’une des plus polluantes au monde, reposant sur la surconsommation de vêtements, l’utilisation de produits polluants ou encore la production de milliers de tonnes de déchets journaliers, c’est avant tout des transformations/engagements des modes de consommation et de production qui sont désormais attendues.