Alors que la crise sanitaire 2020 a soulevé l’importance des relocalisations et les nécessités de relancer l’économie nationale, elle a également mis en avant un secteur particulier, celui de la confection.

Une main d’œuvre européenne oubliée

Depuis quelques années, la mode est devenue un outil de communication, voir même un symbole d’appartenance sociale. La course aux marques et le désir constant de renouvellement ont longtemps nourri l’industrie de la fast fashion et des délocalisations. Même l’apposition du label Made in France n’est pas subordonnée à une production complète fabriquée dans l’Hexagone, puisque seule 30% de la conception doit être réalisée sur le territoire.

Par ailleurs, la mode française repose sur le rêve du luxe et de la beauté, et ce sont uniquement la création et la conception qui sont réalisées en France. La confection quant à elle, représentée par les petites mains de cette industrie, a depuis longtemps quitté le territoire national.

Comme le souligne l’anthropologue Giulia Mensitieri, le confinement et les transformations soulevées par le Covid-19 ont permis de remettre en lumière une main d’œuvre française oubliée. Cette main d’œuvre est celle de la matérialité et des couturières expérimentées. Les ouvrières longtemps laissées de côté ont soudainement été placées au cœur de l’actualité ; puisqu’un nouveau besoin est né, celui de protéger. En effet, la confection de masques ou de blouses est alors devenue une priorité et certaines lignes de production ont été relancées.

Néanmoins à force de délocalisations, la main d’œuvre qualifiée s’est elle aussi exportée et une pénurie s’est alors dessinée.

Contradiction de taille également, si les industries du sud-est asiatique ont également été ralenties, la question des productions d’équipement de protection a tardé à être valorisée.

 Une main d’œuvre asiatique arrêtée

Déjà fortement impactée par le retrait des accords préférentiels EBA, la main d’œuvre cambodgienne a également été fortement touchée par le Covid-19. Mais cette communauté n’est pas la seule touchée, et ses voisins n’ont pas non plus été épargnés.

L’approvisionnement en matières premières fournies majoritairement par la Chine a été touché et cette pénurie a rapidement conduit à la fermeture des usines. Puis c’est la chute de la demande en provenance de l’Occident qui a fait peser un risque important sur l’un des premiers secteurs de l’économie sud-asiatique. En effet, une explosion du chômage se profile et une crise avant tout économique et sociale risque de venir impacter ces pays. Outre l’annulation des commandes, certaines sociétés n’ont pas non plus répondu financièrement, abandonnant parfois même des productions déjà réalisées. Selon une étude réalisée par le Center for Global Workers’ Rights et le Worker Rights Consortium en mars dernier, 95% des entreprises et détaillants ont même refusé de contribuer au coût des salaires partiels des travailleuses suspendues. Cette réaction semble bien loin des objectifs de développement durable et de protection des droits humains souvent mis en avant par ces mêmes entités.

Paradoxalement, si certaines lignes de production y compris automobiles ont été modifiées pour la fabrication de masques de protection, à l’inverse le besoin en blouse n’a pas été comblé. Nombreuses sont les usines qui pourraient encore être valorisées et ainsi répondre aux besoins avérés. En effet, un besoin en vêtements de protection reste présent, tout comme l’importance de minimiser les crises économiques dans les pays en développement. Dès lors, les entreprises précitées mais également les gouvernements ont tout intérêt à soutenir les ouvrières en proposant la confection des fournitures médicales vitales (gants, masques, protections variées). 

Que ce soit en occident ou en orient, le Covid a fortement impacté le monde de la mode et de la confection. Illustrant la pénurie de main d’œuvre et les conséquences des délocalisations, elle a également rappelé les dépendances de certains pays en développement.

 

Article par Mathilde Vasseur.